Le 12 mars 2026
À Paris, l’équilibre entre enseignement public et enseignement privé pourrait connaître un bouleversement majeur dans la prochaine décennie. Selon une étude récente de l’Institut des politiques publiques (IPP) publiée le 3 mars 2026, près d’un élève sur deux entrant en sixième dans la capitale pourrait être scolarisé dans un collège privé d’ici 2035. Cette perspective, loin d’être anecdotique, reflète à la fois les transformations démographiques de la capitale et la confiance grandissante des familles envers l’enseignement privé.
Une évolution démographique déterminante
La capitale connaît depuis plusieurs années une baisse marquée de sa population enfantine. Entre 2010 et 2024, le nombre de naissances à Paris a chuté d’environ 32 %, passant de plus de 31 000 à un peu plus de 21 000 naissances par an. Cette évolution démographique se répercute progressivement sur les effectifs scolaires.
Les premières conséquences sont déjà visibles dans les écoles primaires. Entre 2016 et 2024, le nombre d’élèves de CP a diminué d’environ 19 %. La baisse commence également à toucher le collège : les entrées en sixième ont reculé d’environ 10 % entre 2020 et 2024.
Toutefois, cette contraction ne touche pas tous les établissements de la même manière. Les collèges publics absorbent la majorité de la baisse d’effectifs, tandis que le secteur privé parvient à maintenir ses élèves grâce à une attractivité stable et à une capacité à accueillir des familles venant parfois de l’extérieur de la capitale. Résultat : même sans augmentation spectaculaire du nombre d’élèves dans le privé, sa part relative progresse mécaniquement dans le paysage scolaire parisien.
Une progression rapide du privé
En 2024, environ 39 % des élèves entrant en sixième à Paris étaient inscrits dans un collège privé, contre 35,4 % en 2020. Si la tendance se poursuit, cette proportion pourrait atteindre près de 50 % d’ici 2035. Autrement dit, un collégien parisien sur deux pourrait alors être inscrit dans un établissement privé.
Cette progression s’explique largement par les choix des familles. Beaucoup d’entre elles recherchent un cadre éducatif structuré, une stabilité pédagogique et un accompagnement individualisé pour leurs enfants. Les établissements privés, souvent réputés pour leur suivi des élèves et leur cohérence éducative, répondent à ces attentes. La présence de projets pédagogiques spécifiques, d’un encadrement plus personnalisé ou encore d’une forte implication des équipes éducatives contribue également à cette attractivité.
Le phénomène existe également dans d’autres grandes villes françaises, mais il apparaît particulièrement marqué à Paris, où la baisse démographique est plus précoce et plus intense.
Vers un nouvel équilibre
La progression du privé à Paris peut aussi être interprétée comme un signal adressé à l’ensemble du système éducatif. Elle montre que les familles sont attentives à la qualité de l’encadrement, à la stabilité des équipes pédagogiques et à l’environnement scolaire. La capitale pourrait donc connaître d’ici dix ans un nouvel équilibre entre enseignement public et privé. Ce basculement ne traduirait pas nécessairement un affaiblissement de l’école publique ni une accentuation de la segmentation sociale du système scolaire, mais plutôt l’affirmation d’un paysage éducatif plus diversifié.
Dans un contexte de baisse démographique et de fortes attentes parentales, l’enseignement privé semble ainsi appelé à jouer un rôle toujours plus important dans la formation des jeunes.
Par Aurélie Vincent, Responsable éditoriale Enseignement-prive.info